Rue Traversasse et rue Caudas(se)
L’origine occitane du toponyme de ces deux rues est parfaitement lisible. Dans le premier cas
il s’agit du nom travèrsa, raccourci, et de l’augmentatif as-asse qui signifie le grand, la grande.
Cette rue permettait aux habitants du château de descendre par la Montée des Régordanes
, de rejoindre la rue de la Grave et Vidourle sans emprunter la rue du Pont et la berge rive
gauche qui n’était pas aménagée pour la circulation. Les piétons, mais aussi les animaux à
bâts, les charriots et de petites charrettes pouvaient y circuler ; à cause son étroitesse les
boutons des roues avaient laissé des marques longtemps visibles, des deux côtés, sur les
murs. Dans un recoin dit Impasse de la Baudouine, existait un puits communal et sa pompe.
Dans le deuxième cas, il s’agit du qualificatif caud, chaud et du même augmentatif as-asse.
C’est la rue très chaude ou la carrièra callida du XV ème siècle à Toulouse. Sommières, ville
d’ateliers, de foires et marchés, ville de garnison, outre les buvettes, cafés, hôtels, où le
personnel féminin était très accueillant, comptait dans cette rue de nombreuses maisons de
passe très réglementées. Les prostituées devaient, par exemple, porter des habits avec des
ceintures de couleur et ne pas rester dans les rues lors du passage des processions. Les
maladies vénériennes faisaient des ravages dans la jeunesse, à tel point que sous Napoléon
III, lors du passage au conseil de révision, le médecin militaire constate de nombreuses
séquelles chez les conscrits et le Préfet demande au maire de prendre des mesures de police
strictes.
Les Archives de la ville possèdent une lettre amusante dont voici un extrait : « Monsieur le
Maire. Je soussignée Vve Bonnevie (sic) domiciliée à Montpellier, aie l’honneur de vous priez
de vouloir bien m’autorisée à ouvrir une maison de Tolérance (fermée) dans votre localité.
Quelques habitants du pays sont venus chez moi ; ils m’ont engagée à vous adressée cette
demande dans l’interret de la moralité pour la jeunesse féminine…. Depuis dix ans que je tiens
maison à Montpellier je n’ai eu aucun reproche de la police. Je tiens mon établissement avec
soin et je choisis toujours mon personnel parmi les dames les plus probes et les moins
bruyantes et nul ne sera incommodé de mon voisinage…
Il faut aussi mentionner dans les années 1910, les buvettes, gérées par des femmes à
réputation plus que douteuse et recevant des femmes du dehors plus ou moins contaminées.
Ces établissements étaient munis de sonneries électriques et à la moindre alerte le personnel
féminin se réfugiait dans les appartements privés où la police n’avait pas qualité pour pénétrer.
Quant à certains messieurs, ils s’enfuyaient par les fenêtres donnant sur les toits voisins.
Aimé Jeanjean