La place des Ayres
Actuelle Place de la libération
Du latin area : emplacement libre, et de l'occitan aira : aire à battre les céréales, cet espace vacant se
situait dans le quartier de "Saint Amans bout du pont", possession de la baronnie de Mont-Redon, mais
rattachée administrativement et fiscalement à la Communauté de Sommières au XIVème siècle.
Avant la construction du pont et de "temps immémoriaux", c'est un carrefour important : venant de
Némausus l'antique voie Vieille Toulouse, le chemin de Lunel Neuf et de Sauve emprunté par les troupeaux
des grands mas et abbayes du littoral et les convois de muletiers chargés du sel de Pécais (Aigues Mortes)
rejoignant les grands Causses.
Dès le XVème siècle un hospital (hôtellerie) est signalé, modeste bâtisse, recevant quelques malades et
des pèlerins, des auberges où "pendent pour enseigne" le Lévrier blanc, le grand Louis, l'Aigle d'or et des
relais d'affenage (pour les animaux de traits) vont s'installer à la descente du pont ainsi que des boutiques
de boulanger, maréchal-ferrant (nos anciens vétérinaires) et même un notaire.
Une dotation de Bernard d'Anduze en 1183, fait état de "in sabatae die foro Summidri", suivie de
plusieurs lettres patentes (dont Charles VIII en 1483) confirmant au cours des siècles suivants les privilèges
assurant la pérennité de ces foires et marchés dans Sommières et ses faubourgs, dont les Ayres.
Mais sa finalité depuis le haut Moyen Age c'est le lieu où sont organisées des foires et des marchés: de
Carême, des Rameaux, Pâques et surtout celle de la Saint Michel spécialisée dans le commerce des bêtes à
laine qui perdurera jusqu'aux années 1960, elle reçoit les éleveurs locaux (vers 1780, c'est 2000 moutons
qui pâturent dans les bois et vacants de Sommières) et surtout cévenols descendant brebis et agneaux et
quelques rares chèvres. Autour de la Révolution ont compte plus de 25000 bêtes à laine qui sont vendues
ou échangées, alimentant les boucheries et le marché des chairs salées de la province. Ce même bétail va
aussi fournir la laine, matière première d'une florissante industrie textile très répandue dans nos régions,
(molletons et draps de Sommières) ainsi que les peaux employées dans la tannerie.
Ville consulaire jouissant de franchises et privilèges royaux depuis son rattachement au Royaume de
France au début du XIIIème siècle, elle administre des biens propres (moulins, enceinte, puits…) dont
l'occupation des Ayres communales, lieu où étaient parqués les ovins au moyen de clayes en bois (clèdes)
fournies et louées par un adjudicataire, choisi par les Consuls, fournissant la paille et se réservant le
ramassage du fumier, denrée très recherchée à cette époque.
D'après des documents d'archive, on trouvait l'égorgeoir ou tuadou (abattoir) transféré de la rue de la
Grave sur cette place au XVIIIème siècle, en haut des Ayres le petit cimetière de l'église Saint Amans ainsi
qu'une maison où était logé le personnel de Maréchaussée. Ces bâtiments n'existent plus aujourd'hui.
Faubourg non protégé, les Ayres furent témoins et victimes d'exactions diverses : nombreuses et
invariables Vidourlades ; sièges de la ville des XVIème et XVIème siècles, violent épisode de la guerre des
camisards en octobre 1703 où les troupes de Jean Cavalier en tentant de s'emparer sans succès de la ville,
détruiront une partie des auberges du faubourg et de la place. Plus tard en août 1944, les troupes
d'occupation allemandes en retraite, harcelées par des tirs de résistants, incendièrent des habitations
faisant quelques victimes civiles et emmenant avec eux des otages en se retirant vers Salinelles.
Enfin pour "la petite histoire", au XVIIème siècle, une maison non loin de la place, isolée sur un lieu
appelé soit le "bourdieu" soit le "bordel"… Sans indications sur sa nature ni sa destination...
Bernard Pagès