Rue Antonin PARIS
Autrefois Rue Droite, Grand Rue
Cette rue a été tracée fin XIVème siècle (1360) lorsque la ville qui s’étend vers le nord
s’entoure de remparts. Elle forme un axe Sud-Nord depuis la porte de la Taillade. Toutefois,
à l’origine, elle est fermée par la tour du Bourguet, élément du système de défense fort
précieux en cette période des guerres de Cent Ans.
La paix revenue, on ouvre en 1608, un portail assez étroit, permettant seulement le passage
des piétons et des animaux à bât ; puis elle est fermée en 1632 lorsque Gaston d’Orléans,
frère de Louis XIII, aidé par les Protestants, tente de soulever le Languedoc, enfin rouverte en
1720, mais avec possibilité de la fermer à tout moment. Ce n’est qu’en 1752 qu’elle est élargie
et surélevée par l’entrepreneur Saussine, puisque les charrettes ne peuvent y passer. De
nombreuses boutiques s’y installent alors ; elle est magnifiquement pavée.
La rue porte le nom d’un sommiérois, Antonin Paris, né place du Temple (Saussine) le 1 juillet
1850. Il fait ses études chez les frères Maristes, au château, puis à l’école nationale des Arts
et Métiers à Aix. Après son service militaire, il entre à la Compagnie du chemin de fer PLM où
il fait une très brillante carrière. Il invente un système pour économiser la vapeur sur les
locomotives.
Il se déplace dans un wagon personnel que l’on accroche à n’importe quel train à destination
de n’importe quelle gare.
Antonin Paris décède au cours de l’été 1918 à Luchon où il soigne une affection de la gorge.
Apprenant la nouvelle, la municipalité met immédiatement en place l’organisation d’une
importante cérémonie en gare de Sommières : lorsque le train et le wagon personnel
arriveront, ils seront accueillis par les plus hautes autorités civiles, militaires, religieuses,
préfet, députés, sénateurs, conseillers généraux, maires qui prononceront plusieurs discours,
la fanfare exécutera la « Marche funèbre » et toute la population sera présente. Les employés
municipaux dressent un imposant catafalque où le cercueil sera exposé.
A l’heure prévue, le train entre lentement en gare, mais sans le wagon qui, par inadvertance,
en gare de Narbonne, a été accroché au train de Perpignan. La cérémonie est néanmoins
maintenue devant un faux cercueil. Ce n’est que le lendemain, en toute discrétion, qu’Antonin
rejoindra le cimetière route de Saussines.
Sa veuve, née Alphonsine Galhé, qui connait les difficultés financières de la commune dans
la gestion de l’Hospice, fait en faveur de la mairie, en 1926, année de sa mort, un legs de
10 000 francs (or) à condition que « le Conseil Municipal fasse inscrire le nom de son mari sur
la plaque de la Grand Rue ». Ce qui fut rapidement fait.
Aimé Jeanjean