Deux rues voisines
Rue Mazère et rue Bombe Cul
Occitan une « mazèra » est une ruine, une maison reconstruite sur des ruines. Du latin
« maceria », mur en pierres. Le mot indique aussi des domaines ou des villas reconstruites
auprès de villages ravagés par les guerres.
Le quartier a beaucoup souffert de tirs plongeants de canons visant le château lors des deux
sièges de la ville par Damville en 1573 et 1575, une fois pour le compte des catholiques,
l’autre pour celui des protestants. Le maréchal, un mercenaire, se donnait au plus offrant. C’est
la raison pour laquelle il a œuvré successivement dans les deux camps, ce qui ne l’a pas
empêché de devenir un excellent Gouverneur du Languedoc sous le nom de Duc de
Montmorency et bien qu’il ne sache pas lire.
Beaucoup de maisons ont été alors incendiées. Les murs du rez-de- chaussée étaient bâtis
en pierres ; les étages l’étaient en bois, d’où la propagation rapide du feu. On retirait tout ce
qui était calciné et l’on remontait l’ensemble sur les murs primitifs. Parfois la surélévation était
trop lourde ; les fondations prenaient une forme ventrue comme on peut le voir dans certaines
rues basses.
Dans le « Compoix » de 1617 elle est nommée « Carrièra de las Mazèras » ; on trouve aussi
« Rue de las Mazèras » (1794), « rue des Mazères » (1818), de nos jours « rue Mazère ».
Autrefois cette rue était sombre et les habitants se sont souvent plaints. Nous connaissons
une pétition du 26 juin 1908 dans laquelle ils réclament « un bec de gaz » au point
d’intersection avec la rue « des Bœufs ».
Toute proche se situe la rue « Bombe Cul ». C’est un raccourci pentu, tortueux, très étroit et
assez sombre qui permettait aux « bugadières » du haut de la Taillade de rejoindre
rapidement Vidourle à la Grave. Pavée, très humide, glissante en hiver elle était la cause de
nombreux accidents chez ces dames qui se « bombaient » le cul par terre.
Ce toponyme est assez fréquent en Languedoc. Selon que l’on grimpe de la rivière vers le
haut du village, c’est la rue « Tire Cul » (la Roque sur Cèze 30) ; si l’on descend vers la rivière
c’est la rue « Bombe cul », (Sommières, Montlaur 12), ou tout simplement la rue « Rompe
Cul » à Sète 34, direction la mer.
Nos anciens donnaient à leurs rues des noms imagés, qui collaient à la topographie, bien plus
originaux que les noms de personnages illustres de tous poils qui renseignent sur les opinions
politiques ou religieuses d’une ville et qui évoluent au cours du temps et des municipalités.
Aimé Jeanjean