La rue du Grenier à sel
Les noms de rues datent du Moyen Age, intitulées suivant la nature ou la destination
des lieux qu’elles desservaient. Les qualités civiles et hommes célèbres apparaitront à partir
de la Révolution.
Située dans l’enceinte médiévale et l’ancien quartier des Baumes de Sommières, cette
voie débutait de la rue Antonin Paris ou Grand Rue, ancienne rue Droite, et rejoignait la porte
des Frères Mineurs ouvrant sur la montée du château. Elle débute par une partie voutée
soutenant des habitations, plus loin elle sera élargie en 1630, par la disparition des maisons
qui bordaient la rue, pour permettre la construction du Temple Protestant, La destruction
de ce même temple en 1685, à la suite de l’édit de Fontainebleau révoquant l’Edit de Nantes,
libérera un espace qui deviendra l’actuelle place Saussines, nom d’une génération
d’entrepreneur et bâtisseur du 18° et 19° siècle, dont la dernière descendante léguera une
partie de ses biens à la ville de Sommières.
Le grenier à sel, nom de cette rue, était un bâtiment composé d’un entrepôt et d’un
magasin utilisé pour stoker et vendre ce produit, il était adossé à la muraille de la ville côté
jeu de ballon. La consommation et l’usage du sel, produit de première nécessité, tant pour
la conservation des aliments et l’élevage des ovins que pour diverses industries dont la
tannerie, étaient taxés sous le nom de gabelle du sel. Tous les habitants du royaume étaient
obligés d’acheter une certaine quantité de sel fixée par famille dans les greniers des provinces
avec une grande disparité des prix suivant les provinces (grandes et petites gabelles…). Le sel
consommé à Sommières provenait des marais du Péccaïs, près d’Aigues-Mortes.
Administration fiscale sous le régime de la ferme, comprenant le transport, la
conservation, la distribution et le contrôle des achats, elle produisait des revenus importants
tant à l’état qu’aux fermiers titulaires. Hiérarchisée et contrôlée par un personnel spécialisé
(sous-fermier, receveur, regrattier…), elle possédait ses règlements et des mesures comme
le minot. Ce commerce engendrait de nombreuses fraudes et contrebandes actives (punies
des Galères). La gabelle, impôt le plus mal supporté par le peuple, disparaitra dés le début
de la Révolution. Les bâtiments du grenier à sel disparaitront lors de la vente et la destruction
des murailles de la ville vers 1800. On trouve de nombreux actes sur le grenier de Sommières
depuis le 15° siècle dans les archives.
Bernard Pagès