La rue de la taillade
Autrefois Rue du Puech Salicon
Le toponyme taillade, du latin médiéval taliare et de l’occitan thalar : tailler et couper, peut
avoir deux sens différents, soit en rapport avec les carrières et la taille de la pierre, soit une
origine végétale. Ici c’est l’appellation du quartier extérieur joignant celui de la Violette (de
viols : petit sentier) qui a donné son nom à la porte et à la rue, sans savoir s’il s’agit de
défrichement en coupe réglée ou de l’abondance de taillis.
Parfois appelée rue Droite de la Taillade, elle commençait au fond de l’actuelle place Jean
Jaurès anciennement place Souveraine ou Supérieure, elle est traversée au départ par la
Montade du château et son vis à vis l’obscure rue Traversasse rejoignant le vieux quartier
de la Baudouine, plus haut et vers le milieu une rue « qui non passe » devenu le mot
impasse, suivie de l’actuelle rue Flamande à l’angle de laquelle se trouvait « la Maison de
Saint Amans » logis pour les pèlerins et qui descendait vers la porte de la Grave, au sommet
de la rue un passage couvert dit « bombe cul » rejoignait la rue de la Masséle (peut être
l’emplacement de la première enceinte médiévale). Elle descendait vers la porte
monumentale rebâtit en 1780, proche d’un poste de garde, dont une partie disparaitra avec
la destruction et la vente du rempart en 1805, enfin elle débouchait sur le chemin d’Aubais
ou d’Aigues-Mortes et le vieux chemin de Nîmes.
Elle est bordée par quelques demeures bourgeoises aux escaliers monumentaux et par
d’autres habitations (dont deux datées de 1585) plus modestes à trois étages avec leurs
puits et baumes desservies par des escaliers en vis. Les rez-de-chaussée sont occupés par
des boutiques et les entrepôts, aux belles voûtes d’arêtes simples ou nervurées, des
négociants en draps exposant leur production dans cette rue qui leur était réservée les
jours de foire, sous le contrôle de Gardes Jurés chargés d’apposer des plombs de
certification.
Dans des textes plus anciens, avant la Taillade, elle est nommée rue du Puech Salicon
(origine complexe : saules ?) qui était le nom du quartier occupé par le couvent des
Ursulines devenu la médiathèque. Ce quartier disparu mérite à lui seul une étude par la
variété et la fonction de ses constructions. Un vaste puits public en haut de la rue, Le
cimetière de l’église Saint Pons sous les remparts du château jusqu’en 1680, dans un texte
en latin de 1526 une « Escola » avec ses régents des écoles, la maison des Quatres Prêtres,
confrérie religieuse, l’église de Saint Sébastien, la place de l’Oly entourée d’habitations qui
disparurent lors de la construction du couvent des Ursulines par l’évêque de Nîmes, Mg
Cohon en 1690 et les aménagements défensifs du château à l’époque classique.
L’ancienne voie de la Régordane, peut-être antique route du sel vers les Cévennes,
traversait ce quartier en longeant les remparts du château.
Bernard Pagés