La rue de l’Enfer
Actuelle Impasse Camille Randon
Sous ce nom et plus souvent sous le nom de « Cul de sac de l’Enfer », ou « Denfer » jusqu’en
1904, on désignait autrefois une impasse, « Carriera ont non passa », qui s’ouvre sous les
arcades de la Place de la Halle (Jean Jaurès) dans le prolongement de la rue du Pont (Marx
Dormoy). Pourquoi l’Enfer ? Sans doute par opposition au cul de sac qui lui fait pendant, de
l’autre côté de la place, et que l’on nomme toujours « le Paradis ».
Aujourd’hui, une plaque, placée à l’entrée, porte le nom « Impasse Camille Randon ».
Peu de gens la connaissent ou la fréquentent. Pourtant au XVIII ème siècle elle paraît avoir
connu une existence plus vivante, si non agitée. Dans les cahiers de police, datés de 1767,
nous apprenons qu’une dame Goût, marchande de vin, ne disposant pour ce commerce que
d’une cave obscure, installait dans le passage, des tables, bancs et sièges à l’usage de clients
bruyants, d’où une plainte de ses voisins, Bertrand de Mauclerc et dame Marguerite Garonne
son épouse.
Après réquisitoire du Procureur du Roy, il fut fait défense à la dame Goût d’installer son
matériel dans la rue, sous peine d’une amende de 10 livres et confiscation.
Le 10 juin de la même année, M. de l’Estrade, premier consul, déclare que « vers une heure
de l’après-midi, de la fenêtre de la veuve Portalier, un pot de chambre plein d’… fut jeté dans
ce cul de sac. Cet envoi fut suivi de deux autres pleins d’eau. Il eut le désagrément d’être
présent à cette manœuvre. » Le désagrément subi par le consul, fut-il seulement visuel ? Ce
fait se reproduisait-il souvent ? C’est bien possible.
La veuve Portalier convint que sa petite nièce, qui l’avoua, «avait vidé par inadvertance les
trois pots », et fut condamnée à une amende de 5 livres.
Cette ambiance serait-elle à l’origine du nom de la rue ? On peut l’admettre, vue l’ambiance
générale qui existait entre les divers voisins.
Il semblerait que ce pauvre Camille Randon, 1821-1874, compositeur, ait été mis au rancard
dans une rue que peu de gens connaissent. Il eut certainement préféré le Paradis, mais peut
être qu’à l’époque, en 1904, la municipalité n’avait rien d’autre à lui proposer. Pourtant c’est
lui qui créa l’Orphéon de Sommières qui obtint quelques succès dans le Midi de la France. Né
à Sommières, il décéda à Marseille où il était professeur au Conservatoire.
Nous ajouterons qu’en 1850, il était Capitaine Commandant la Compagnie des sapeurs
pompiers de Sommières.
Aimé Jeanjean