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Sombre destin d'un pauvre nourrisson

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Faits divers
Publié le 12 septembre 2021    10

Explorons encore ce XVIe siècle où Sommières peine à se libérer de sa routine, loin des fastes de la renaissance et de ses châteaux somptueux. Sous la menace d'incessantes épidémies de peste, déchirée par les guerres fratricides, accablée par les conséquences des conflits internationaux, la cité n'a guère que le temps et les moyens de reconstruire ce qui s'écroule et de prendre soin du mieux qu'elle le peut de sa population.

Dans ce contexte, on pourrait croire que l'abandon d'enfants et l'infanticide sont courants et presque banals. Ce n'est pas ce qu'il ressort des archives de la municipalité de l'époque. Les enfants abandonnés, désignés sous le nom de « bâtards », sont recueillis et élevés par des familles d'accueil qui sont payées par la communauté d'habitants, autrement dit par le contribuable. Un seul infanticide est relaté dans les délibérations consulaires. L'article, adapté à notre époque, témoigne sans détour de l'horreur du drame : « Le 20 janvier 1563, une femme du lieu de Galargues le Petit a fait un enfant et d'après elle-même l'a tué et enterré comme l'indique le bruit, voix et fame publics de sorte qu'après, les pourceaux (cochons) l'ont déterré et en ont mangé la plus grande partie, ce que l'on ne doit pas laisser passer. Sur quoi a été arrêté qu'on fasse amener ladite femme et la conduire en ville en prison pour que, une fois qu'on a entendu et vérifié la vérité du fait, on en fasse faire telle punition qu'elle aura méritée, aux dépens de la ville. »

Deux articles datés des 5 et 19 mars suivants nous renseignent sur le sort funeste de la mère criminelle. Pierre Rouvière, maçon, demande à être payé 5 sous pour chaque jour et nuit que « la femme qui fut dernièrement exécutée a demeuré dans sa maison ». Le frère de cette dernière souhaite ensuite trouver un arrangement pour payer les frais de justice du temps qu'elle fut prisonnière.
Ni le nom de la femme ni celui de son frère ne sont divulgués. On ignore pourquoi elle n'a pas été enfermée dans le château, une autre femme le fut trois ans auparavant - mais elle était lépreuse. On peut penser que la sentence impitoyable de la cour royale de Sommières, dont les modalités d'exécution nous sont inconnues, a été motivée par la mutilation abjecte du corps de ce pauvre bébé. Cela n'exclut pas que bon nombre de nouveau-nés aient pu ainsi disparaître sans que les coupables ne soient inquiétés, les justifications de ces actes ultimes échappant à notre raisonnement moderne.

Nicolas LAWRIW
mvic.fr
D'après les archives municipales de Sommières (BB5 et BB7) en ligne sur le site BROZER Téléarchives




Cloche de la chapelle de l'espace Lawrence Durrell (ex-couvent des Ursulines)

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