Le maître d'école ne vaut rien !
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Publié le 05 septembre 2021

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Il y a 500 ans, c'était aussi la rentrée à Sommières
Nous avons évoqué la semaine dernière les consuls de l'ancien régime (avant la révolution), équivalents de nos maires et adjoints actuels. Il y a 500 ans, l'éducation et la gestion de « l'école » comptaient déjà parmi leurs compétences. Le sujet revient assez souvent dans les registres des délibérations consulaires aussi loin qu'ils puissent remonter dans le temps. La plus ancienne mention date de 1514 où le conseil politique souhaite limoger sans ménagement le maître d'école pour incompétence !
« Que aion ung bon magister que tengua los enfans cortz car aquel que hi es non hi val rien »
« Qu'on ait un bon maître (d'école) qui tiennent les enfants courts? car celui qui y est ne vaut rien »
L'évaluation des compétences des enseignants était une préoccupation récurrente car ceux qui étaient « capables et suffisants » semblaient rares comme le suggère aussi une violente dispute entre des parents et l'enseignant en 1553 où ce dernier est accusé de jouer aux cartes, de ne pas vouloir lire le latin et de s'attaquer « inhumainement » aux enfants à coup de poing ! Notons qu'il rétorque « qu'il n'y a pas de gens savants », sous-entendu dans sa classe. Il nie les attaques physiques.
Qu'étudiait-t-on à l'école ?
L'école se trouvait quelque part « sur le pont », comprenez rue Marx Dormoy. Elle déménagera vers 1523 rue de la Taillade, dans la maison de Manaud Freton touchant l'ancien cimetière aujourd'hui disparu. Un article (et un seul) de 1543 nous donne quelques indications quant à l'enseignement délivré à cette époque :
« M. Vidal sera recteur et tiendra norme pour faire venir les enfants et faire parler latin. Il a promis qu'il lira Despauteri, la Syntaxe, le Nebrice, le Catonet, Ciceron, Persée (*) et que les enfants iront à l'église comme ont accoutumé ».
Il s'agit donc d'éduquer des enfants dont on ne connaît pas l'âge, très certainement d'une classe sociale élevée, sur des ouvrages on ne peut plus classiques. Le « recteur » ou « magister », assisté d'un « bachelier », était rémunéré par la commune et reconduit (ou non) chaque année. En 1556, il dispensait ses leçons le matin de 6h à 8h et l'après-midi jusqu'au soir. Il avait des obligations religieuses, notamment faire chanter les enfants à l'église sous l'égide d'un « cabiscol », responsable de l'école cathédrale, ou les conduire aux processions.
A partir de la fin du XVIe siècle, la réforme protestante renforcera le système scolaire en faisant de l'apprentissage fondamental de la lecture, de l'écriture et du calcul - dont il n'est jamais question dans les documents étudiés - une de ses priorités.
Prenant ensuite le nom de régent des écoles ou précepteur de la jeunesse, religieux ou laïques, ces instructeurs ont contribué à bâtir notre société moderne et civilisée en donnant les moyens, le plus souvent malgré eux, de développer l'esprit critique, ce qui, à l'heure de l'information tous azimuts, est encore d'autant plus nécessaire ...
(*)
- Despauteri (Jean DESPAUTÈRE) : grammairien flamand en langue latine mort (1460/1480-1520)
- Nebrice (Antoine DE NEBRIJA) : humaniste espagnol, historien, grammairien latin, etc. (1441-1522)
- Le Catonet : manuel scolaire d'abord attribué à Caton l'ancien (IIIe-IIe s. av JC).
- Ciceron : homme d'état romain, philosophe et écrivain (Ier s. av JC)
Nicolas LAWRIW -
mvic.fr