Tous les convives du banquet "baiseront" la femme du consul
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Fêtes
Publié le 29 août 2021

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Depuis les XIIe et XIIIe siècle, Sommières est administré par un conseil politique composé de 16 conseillers répartis en 4 « échelles » ou corporations, les cuiratiers (métiers du cuir), les avictuailliers (marchands), les sabatiers (métiers de la chaussures) et les brassiers ou laboureurs (ouvriers et propriétaires terriens). Un magistrat de chaque échelle appelé consul était tiré au sort parmi ces conseillers. Cette organisation est à l'origine de notre conseil municipal avec des compétences comparables. Des privilèges octroyés par les monarques et régulièrement confirmés par des ordonnances royales régissaient la vie politique et sociale de la petite cité. Ces privilèges reprenaient les coutumes locales et étaient assortis de statuts ou livres des coutumes.
Le 6 novembre 1521, lors d'un conseil général qui se tient peu de temps après les élections annuelles, on « notifie les articles et statuts accoutumés » en insistant sur plusieurs points :
« Que le conseiller qui faillera à venir (aux conseils) paiera une amande dans les 15 jours.
Passé ce délai, il paiera le dîner (ou banquet) à tous les conseillers ». « Que ceux qui ne viendront pas à ces dîners seront pareillement condamnés ».
Et
« Que tous ceux qui seront présents à ce dîner seront tenus de "baiser" la femme de celui qui a été condamné à le payer » et ce « dans l'ordre, l'un après l'autre, suivant leur rang » ! (*)
S'il s'agit d'un baiser chaste, rien n'en indique la nature, sur la main, la joue, la bouche ? Il est de même difficile de comprendre la finalité de cette sanction, symbolique ou humiliante pour le fautif. La note précise que la malheureuse outragée sera son épouse ou « celle qu'on présentera » (?). L'ordre de passage était aussi important puisqu'on voulut condamner un conseiller pour avoir « baiser la femme d'un consul avant son précédent », ce qui confirme d'ailleurs que la mesure disciplinaire était bien appliquée.
L'honneur et la dignité de ces hommes - et de leur compagne ! - pouvait donc être mis à mal pour avoir simplement zappé une réunion mais également pour avoir oublié les clefs de la maison consulaire (mairie), ne pas avoir porté les habits officiels lors d'une cérémonie ou avoir omis de les faire fourrer. On avait tout intérêt à payer l'amende dans les délais.
Voilà une curieuse et énigmatique coutume sommiéroise qui n'a pour le moment été signalée nulle part ailleurs.
Nicolas LAWRIW -
mvic.fr
(*) Transcrit, traduit et adapté de l'occitan à partir des délibérations des consuls (Arch. Municipales de Sommières - BB2 - En ligne sur le site BROZER Téléarchives)