Où est passée la cloche posée sur l'église Saint-Pons en 1749 ?
Cloches
Edifices et objets religieux
Publié le 02 mai 2021

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Le clocher prévu par Rollin, auquel Bernard Pagès fait référence, dans la publication du 14 février 2021, devait reposer en partie sur les deux maisons achetées en 1682. Les travaux de construction du nouveau clocher ne débutèrent pas tout de suite. Craignant que les fondations des maisons devant servir de base au clocher ne soient pas suffisamment stables, un nouveau projet est proposé : il consiste à acheter la maison de Blancard sise tout à côté, de l’abattre et d’édifier le clocher à sa place.
Ce clocher, construit au nord de l’église, sera plutôt un campanile destiné à accueillir uniquement les cloches.
Peu de temps après, un incident survient.
« Le 12e jour de may après-midi le conseil municipal est convoqué d’urgence sous la présidence d’André Nazon, conseiller du roy, maire perpétuel. »
A la suite des travaux entrepris pour creuser les fondations du clocher, le chœur de l’église s’est écroulé. De l’enquête, il ressort que « les entrepreneurs ayant fait des excavations pour les fondements du clocher jusqu’à quelques pieds au dessous du fondement des murs du sanctuaire, les pluies et l’attente de la réponse de Mr l’Intendant, pour nommer les experts ayant entrainé des retards… »
Il va falloir faire vite pour reconstruire la partie écroulée de l’église et en même temps construire le clocher tant attendu. Un appel d’offres est lancé pour la réédification de l’église paroissiale et la construction du clocher. L’offre de Saussine est retenue le 30 juin 1748 pour le prix de 6.300 livres.
Les travaux sont rapidement menés. Ils seront terminés le 22 juin 1749. La cloche prévue au devis de Rollin de 1740 sera installée dans ce nouveau clocher. (Nous en reparlerons !)
Le clocher construit en 1749 est celui que nous voyons aujourd’hui, depuis la place Saussine ou à partir du château.
Mais la Révolution va entraîner de profonds bouleversements parmi les édifices religieux. De nombreuses églises sont fermées et vendues comme biens nationaux.
On peut lire dans le registre des Délibérations de la Mairie, la belle envolée lyrique du nouveau maire, post révolutionnaire, Viger, qui a succédé à Ouxbet..
« Arrêté relatif aux cloches.
Onzième nivôse de l’an deuxième de la république, libre et indivisible, (31 décembre 1793). Le citoyen maire a dit : citoyens, l’or et l’argent sont des métaux qu’une nation véritablement régénérée doit mépriser et ne pas rechercher… mais un métal qui nous devient absolument utile, que dis-je indispensable pour nous faire triompher des inutiles efforts des tirans coalisés est celui des cloches, avec lui nous repousserons leur satellite et ferons mordre la poussière à leurs armées ; il nous en reste une, je propose que nous l’envoyons aux fonderies nationales pour la métamorphoser en canons et servir ainsi la juste cause de la liberté, de l’égalité au lieu de tuer les vivants pour honorer les morts.
Le conseil général a applaudi à la proposition du maire, considérant que les cloches ne seront véritablement utiles que lorsque métamorphosées en canons elles porteront la mort dans le cam des odieux tirans de l’Europe, arrête après avoir ouï l’agent municipal que la cloche qui est encore au clocher de l’église sera descendue et envoyée au district pour qu’il la fasse porter au département avec une expédition du présent et ont les opinants signé. » Viger, maire et les conseillers.
La Convention, à l’initiative de Barère, a créé le 25 mars 1793, les Comités de Salut Public pour faire face aux dangers qui menacent la République.
Le 23 juillet 1793, pour renforcer la défense de la République, elle a publié un décret visant à récupérer le métal des cloches afin d’en faire des canons. Les représentants en mission sont chargés de veiller à l’exécution de ce décret. C’est donc dans ce contexte que le maire Viger a fait cette déclaration enflammée.
Suite à cette proposition, l’unique cloche de l’église de Saint-Pons est donc descendue et transportée aux fonderies pour faire des canons.
Gérard GUIRAUDET