Le juge de Sommières est capturé et massacré par "ceux de la Religion"
Guerres de religion
Justice
Faits divers
Publié le 03 octobre 2021

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C’est dans le recueil de Giry, bachelier « ès droits » comme il se qualifie lui-même, que l’on trouve ce récit détaillé d’évènements qui se sont déroulés avant le siège de la Ville de 1573. Il était à Sommières lorsque les protestants, commandés par Antoine Dupleix, dit le capitaine Grèmian, surprirent la ville le matin du 6 novembre 1572. Et il aurait été tué par quelques soldats si Grèmian, lui-même ne l’avait secouru.

Le viguier de Sommières était un jeune homme appelé le capitaine Poget qui « adverty par l’advis de quelques catholiques se tenait serrè avec une quinzaine de soldats dans le chasteau Les autres habitans de la prétendue religion tenaient bonnes sentinelles, sur les murailles » Leur effectif avait été renforcé par cinq cents hommes venus des Cévennes. Cette troupe s’était cachée pendant la nuit, sans faire de bruit, dans les bois entourant les remparts. Grâce à leurs partisans qui étaient à l’intérieur ils purent rentrer par la « fausse porte. Le capitaine Poget qui s’était sauvé monta à la cime de la tour criant qu’on leur vint donner secours. Or, comme l’alarme fut par la ville, le juge de Sommières, ( qui habitait à la rue du Pont) catholique, qui disnait, pour lors, devisant et entretenant des demoiselles qu’il avait à sa table, ne pensant à la besogne qui se faisait, entendant tout à coup l’alarme, se leva promptement de table, laissant la compagnie, prit une allebarde, et sortit tout seul de sa maison, estant ceint d’une robe de chambre, à la turque, avec ses pantoufles ; et en cet équipage s’en alla par la ville s’enquérir ou estoit l’ennemy, ne pouvait croire qu’il fust entré dans le chasteau. Puis estant adverti de la vérité il s’en retourna dans sa maison, où il print dans un coffre une escarcelle de velours pleine d’escuz, laquelle il mit dans son sein. Puis, il retourna dans la ville portant toujours sa allebarde et se faisant suyvre par un serviteur, auquel il fit prendre une broche de fer à la cuisine. A grand peine il pouvait porter sa allebarde, tant il estoit effrayè, ayant le visage tout changé. Les esperdues damoiselles qu’il avait laissé à table, voyans le piteux despart du juge et sa contenance tant piteuse, fondaient en larmes. Or, ce pauvre juge courait ça et là dans la ville. Il voit par une ruelle ceux de la religion qui descendoient du chasteau furieusement et s’emparoient de la ville ; quoy vovant il jeta son allebarde par terre. Son serviteur s’estant desparti de lui, il s’en alla cacher dans une autre maison. »
Les soldats l’ayant découvert « il les supplia à jointes mains de le prendre à rançon. Toutefois, sans le vouloir plus escouter, ils le massacrèrent, ce qui ne fust sans crys horribles que le pauvre juge jettoit, lesquels s’entendaient d’assez loin. ; puis il fut entterré en un fumier puant près de la maison. Les pauvres damoiselles s’estoient cachées sous les licts : mais furent trouvées, sans toutes fois qu’aucun tort fust faict à leur honneur. »
Gérard GUIRAUDET