Sauver les cloches des églises
Edifices et objets religieux
Cloches
Publié le 13 juin 2021

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Si la révolution a dramatiquement entamé notre patrimoine campanaire, ce n'était pas la première fois que les cloches se trouvaient être en danger.
Le massacre de Wassy en 1562, marque officiellement le début des guerres de religion entre catholiques et protestants mais le torchon brûle depuis longtemps. Le premier octobre 1561, les consuls de Sommières sont contraints de prendre une décision pour sauver les cloches des églises qui se trouvent hors de l'enceinte de la ville. Les faits sont relatés dans les registres de délibération (BB5).
On y apprend que « par toutes les églises circonvoisines qui sont hors villes et villages, les cloches se dérobent ».
On fait donc descendre les cloches à Gavernes appartenant aux chanoines de la cathédrale de Nîmes (le chapitre), celles de St Michel des « quatre prêtres » ainsi que celles de St Amans. Les églises possèdent chacune deux cloches, les plus grandes à St Amans, les moyennes à St Michel et les plus petites à Gavernes. Les instruments de métal se taisent, entreposées dans la maison consulaire « jusqu'à ce que ce soit pourvu autrement par le roi »
Peu après, la « capitanesse » , femme du gouverneur de la ville, seule au château, demande une cloche pour la mettre à sa chambre (sic) qu'elle sonnera pour avoir secours des gens de la ville en cas de danger. On lui remet la petite de St Michel qu'elle devra rendre quand elle en sera requise.
Gavernes est maintenant un petit hameau au sud de Junas. On peut voir depuis la route un petit bâtiment ancien restauré qui serait une chapelle dédiée à St Saturnin. Si ce sont les restes de l'église citée dans le document, ils n'en sont qu'une petite partie. Des travaux réalisés en 1672 nous indiquent que l'église avait une abside « en cul-de-four » et plusieurs fenêtres vitrées, donc assez grandes. Elle comportait alors un clocher à 3 cloches qui fut remplacé par un simple clocher « à la capucine » (au dessus du pignon) classique pour l'époque.
Le quartier d'habitation de l'ancienne paroisse de St Amans se situe « au bout du Pont ». Son église primitive était à plus d'un kilomètre de là, isolée au milieu des terres. Elle commencera à être démantelée par les propriétaires voisins peu de temps après avoir perdu ses cloches. Il n'en reste rien.
On pense que les églises ont toujours trôné au centre des villages mais de nombreux exemples locaux nous montrent au contraire qu'elles pouvaient en être éloignées. Beaucoup d'entre elles sont en ruine ou ont totalement disparu jusqu'à en oublier l'emplacement : St André à Souvignargues (ruines), St Martin à Aujargues (disparue), St Blaise à Villevieille (remplacée par un mas), St Pancrace à Pondres (disparue), St Etienne à Lecques (ne reste qu'un pan de mur), St Pierre à Aspère (ruines), etc.
A Calvisson, c'est le village qui s'est déplacé, il se situait d'abord sur la colline du château, à 500 m de l'église St Saturnin.
A la révocation de l’Édit de Nantes, en 1685, on entreprend une grande restauration des églises amochées par plus d'un siècle de conflit. Lorsqu'elles sont en ruine et en dehors des bourgs, on les reconstruit à l'intérieur, laissant à l'abandon ces petits joyaux de notre patrimoine. Les cloches en furent symboliquement les dommages collatéraux.
Nicolas LAWRIW -
mvic.fr